Laura (Mallorca)

Rencontre avec l'animal de pouvoir

L'animal totem, la clé du portail
Mon animal de pouvoir est un loup qui est toujours à mes côtés, qui m'accompagne, qui m'inspire et - je ne sais pas si c'est juste de dire ça - qui me complète. Il observe, il est calme et il a, dans son regard, la sérénité du courage et la force des vents.....

Laura (Mallorca)

L'animal totem, la clé du portail

Mon animal de pouvoir est un loup qui est toujours à mes côtés, qui m'accompagne, qui m'inspire et - je ne sais pas si c'est juste de dire ça - qui me complète. Il observe, il est calme et il a, dans son regard, la sérénité du courage et la force des vents.

Je comprends maintenant que la façon dont nous arrivons à rencontrer notre animal de pouvoir fait partie de notre processus de rencontre avec les forces de la nature et de notre nature elle-même. Que notre animal nous attend à la porte des sphinges pour nous accompagner dans notre pérégrination vers l'être, vers la magie de la vie, vers la lutte contre les fantômes et l'unité de toutes les choses.

Sous les arbres du chemin

J'ai rencontré le loup à Majorque. Tout a commencé un matin de printemps où je me baladais avec ma petite fille à Palma. Nous sommes rentrées dans une jolie boutique et, là, entourées de robes fleuries, de sacs en cuir et des animaux en bois, brodés et en colliers j'ai commencé discuter avec la vendeuse, aujourd´hui ma personne préférée du quartier.

Avec Eugenia on a parlé de la vie, de ces temps bizarres, de la beauté de l'île et, tout d'un coup, je ne sais pas encore comment, on discutait des animaux de pouvoir, des chamanes, de la magie de la Terre et des forces ancestrales - des sujets desquels je ne parle qu'avec moi-même, avec Ariadna (qui a un an), et avec très peu d'amis.

A un moment donné de la discussion, quand on se promenait dans les parages des sortilèges, elle m'a raconté que la propriétaire de la boutique travaillait avec les animaux de pouvoir et elle m'a conseillé de la contacter. Je suis partie avec le numéro de téléphone de Marine écrit sur une des cartes de Bohemian Eagle et au bout de deux jours je l'ai appelé.

La maison de la forêt

Avec Marine tout a été facile : après cinq minutes au téléphone on parlait déjà du sens de la vie et de la majesté de la Terre. Tout est simple chez elle, tout tombe par la force de l'évidence. Quand elle m'a dit qu'elle faisait des séances de tambour pour aider les gens à contacter avec son animal de pouvoir je n'ai pas hésité.

Puis, quelques jours après je suis arrivée chez elle où deux chiens sont venus me dire bonjour et la mélange de bouquins, de tissus fleuris et de portes ouvertes m'ont vraiment donné envie d'aller me promener dans les niveaux les plus incorruptibles de l'âme.

Dans son espace sacré les morceaux de bois cohabitent avec des minéraux, des pendules, des couvertures indiens aux motifs de rêve, des plumes et des bougies. Des énormes fenêtres s'ouvrent à la forêt et laissent rentrer les courants de vie et les entités des prairies qui l' assistent.

Là, elle m'a expliqué comment faire. La chose a l'air simple : elle, en tant que chamane, jouera le tambour, et moi, je fermerai les yeux et "j'essayerai de voir". Je reçois l'explication, je m'assois sur un canapé, je ferme les yeux. A l'énergie familière de la maison de la forêt vient s'ajouter maintenant celle de mon foyer d'autres temps. Et comme si il s'agissait d'un souvenir, je commence à sentir la fraicheur des roches mouillées sous la plante de mes pieds.

J'ai toujours eu du mal à avoir des visualisations ou recevoir des messages d'au-delà mais ici tout se déclenche. Je suis sur le canapé mais je suis aussi vraiment ailleurs.

Rencontre

La surface des rochers sur la rive du fleuve est humide et brillante. Pieds nus, le corps à peine recouvert d'un tissu ocre frangé et un sac croisé, je remonte le courant en regardant les plantes et les fleurs. De temps en temps, je m'arrête pour ramasser quelques feuilles que je mets soigneusement dans mon sac et je continue à grimper, agile, heureuse, pleine de la vie et de la jungle. Le soleil filtre à travers la cime des arbres et frappe les rochers brillants, créant des éclats qui se mêlent à l'eau. À mes pieds, un jeune loup, un chiot, renifle les rochers et les plantes, se trempe dans la rivière, court en avant et en arrière, trotte et boit de l'eau fraiche.

Plus tard, au village, je danse et je suis immensément heureuse. Le bonheur m'envahit. Je danse aussi sur les rochers, dans la jungle, de jour comme de nuit, seule ou accompagnée, en sautant énergiquement. Je vois mes pieds nus, avec des bracelets de cheville à franges rouges, rebondir sur le sol à toute vitesse.

Bonheur.

La vision se termine par une promenade à travers une terre aride, avec mon costume à franges et mon sac à bandoulière, dressée, contente, toujours pieds nus. Mon jeune loup fait le chemin avec moi.

Je ne sais pas si "je reviens" parce que je n'ai jamais eu l'impression de partir. Je suis un peu confuse mais je me sens énormément vivante. Tout ce voyage est bizarrement "naturel".

Après

Aussi incroyable que cela puisse paraître, lorsque Marine a arrêté de jouer du tambour, je ne savais toujours pas qui était mon animal de pouvoir. Je n'y ai même pas pensé. C'était comme penser que l'homme de ta vie est ton ami de l'école. Le petit loup semblait si familier et si proche de moi que, d'une certaine manière, j'avais l'impression qu'il "ne correspondait pas" au statut de totem. Comme si l'animal de ma vie devait être quelque chose de plus spectaculaire. Quelque chose comme un phénix, un cheval ailé ou un dragon qui crache du feu par sa gueule. Et pourtant, lorsque je lui ai parlé de ma vision, que je lui ai dit que j'avais vu "un petit loup" et que je lui ai demandé, à moitié sceptique, "si ce n'était pas ça", elle m'a dit qu'à son avis c'était bien lui...

Et puis j'ai compris. J'ai compris presque toute ma vie. Mes fantaisies et mes rêves de grandeur, ma révérence pour cette petite fille qui avait besoin de ces rêves, ma révérence pour les animaux qui nous accompagnent, pour les chamans qui nous aident à les voir, pour les tambours qui gardent le rythme de la terre et pour les fenêtres ouvertes par lesquelles entrent les rayons du soleil et les nuages de l'obscurité.

J'ai réalisé comment j'ai vu ce chien-loup pendant des décennies dans tous les livres sur les animaux, dans toutes les légendes esquimaudes, dans tous les bergers allemands. Je l'avais tellement intégré que je ne savais pas comment le reconnaitre.

Dans les jours qui ont suivi, nous avons beaucoup parlé, nous avons parlé de tout. La sagesse des chamans s'est avérée si naturelle que, sans aucun effort et à l'initiative de mon corps, elle est entrée dans ma vie comme si, tel le loup, elle avait toujours été là. Lui ouvrir la porte avec une vision au rythme du tambour a été la chose la plus cinématographique qui me soit arrivée jusqu'à présent. Le reste : laisser le corps passer devant la tête, discuter avec Marine comme si elle était ma sœur, entrer dans la roue de la médecine ou parler au feu ou à l'eau est maintenant beaucoup plus naturel que de m'énerver parce que je n'arrive pas à trouver le travail de ma vie ou de me désenchanter parce que le beau mec de la plage ne répond pas à mes messages.

Rien ne s'est passé et tout s'est passé. Ouvrir la porte aux forces et aux rythmes de la terre par le contact avec l'animal totem a été un processus d'une douceur et d'une cohérence que je ne pouvais même pas imaginer. Car, à quoi bon regarder sa propre aventure et ne pas ouvrir l'équation à l'âme ? Quel est l'avantage de vivre la vie d'un protagoniste solitaire ? Les saisons et les rythmes de la terre sont plus à l'intérieur de nos cellules que les aiguilles de l'horloge, et le chemin le plus simple du bonheur est d'accepter, comme la compagnie du petit loup, l'union avec les rythmes de la nature et avec les mouvements des astres. J'y suis entrée par l'animal de pouvoir, mais on peut ouvrir la porte de la Terre par un bouquin, un ami chaman, la roue de la médicine ou l'humilité envers les fleurs.

L'été tombe toujours, l'automne s'ouvre après, le charme des règnes vivants opère sans arrêt. Le chemin continue, c'est vrai, mais maintenant on le fait en consonance avec le miracle d' être en Unité.